27/07/2009 - 1ère incursion dans cette vallée de Locana, si proche à vol d'oiseau et pourtant si éloignée par la route, permettant un accès par le sud à tous les sommets du Grand Paradis et au-delà, aux versants E de Haute Maurienne et Haute Tarentaise, surplombant le col du Nivolet. A mi-vallée, le vallon de Teleccio s'échappe par une petite route très pitoresque jusqu'au barrage et au lac homonymes, que nous n'atteindrons pas en voiture pour cause de travaux sur la partie finale. Le premier jour, la montée au bivouac Carpano, via le refuge Pontese, permet une immersion progressive dans le massif, sous les belles silhouettes déchiquetées des Becchi de la Tribolazione, du Monte Nero, du Gran San Petro... Et un premier contact avec la nebia, qui nous rattrape bien avant le bivouac et nous impose une recherche d'une demi-heure dans la purée de pois, malgré les (trop) nombreux cairns. Mais lorsqu'elle se retire en soirée, le spectacle est particulièrement divin. Dans un tel cadre, les levers et couchers de soleil sur cet océan de coton, prisés également des nombreux bouquetins peuplant les abords du refuge, font partie de ces émotions fortes qui marquent une carrière de montagnard. Le 2ème jour, nous nous dirigeons vers l'est, qui offre 4 sommets potentiellement accessibles dont le Gran San Pietro, par lequel nous débutons en rejoignant le collet neigeux de la voie normale par les pentes délitées du versant E. De ce point, le retour sur le versant E est très pourri et la suite bien aléatoire. A la recherche d'un passage plus évident, je remonte un temps l'arête N qui présente rapidement des ressauts au-delà de mes maigres possibilités. Le premier abandon est prononcé. Nous rejoignons le col de Teleccio pour rejoindre la Punta Ondezana, par une longue arête horizontale, présentant déjà quelques petits pas qui mettent dans l'ambiance. De nouveau, nous butons sur l'éperon de l'arête N, que nous essayons vainement de contourner. Par une traversée en glace, nous rejoignons un gros cairn à la base de l'arête NO qui se révèlera être la voie de montée la plus accessible. Depuis le sommet, une nouvelle arête de blocs quasi-horizontale mène aux Puntas Scatiglion. Au-delà, la plongée sur la Bocchetta di Ciardoney, qui aurait permis un retour sur le bivouac par un grand couloir neigeux, s'avère plus raide que prévue. La poursuite sur la Punta Teleccio également... Déjà bien usés physiquement, nous prononçons un nouvel abandon et entamons un (interminable) retour. Le bivouac est atteint après plus de 10h de marche, le plus souvent sur des arêtes rocheuses jamais très difficiles mais soutenues, et parsemées de quelques armoires normandes en équilibre précaire attestant de la faible fréquentation des lieux. Une première journée en demi-teinte, ponctuée d'abandons, mais offrant des points de vue somptueux sur une série de beaux sommets méconnus, perçant l'éternelle mer de nuages dans laquelle nous pénétrerons au retour, sous une petite averse, pour ne plus en sortir de la journée.